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Histoire du rattachement de la Savoie à la France : dates et faits clés

histoire du rattachement de la Savoie à la France
Sommaire

    Nous nous tenons devant la lourde porte du Château des Ducs de Savoie à Chambéry, un matin d’octobre où le brouillard s’accroche encore aux toits de la vieille ville. Dans ces murs, le 14 juin 1860, un parchemin a scellé le destin de tout un territoire. Ce n’est pas une simple date de manuel scolaire : c’est l’aboutissement d’un processus tourmenté, fait d’alliances, de pressions et d’un vote massif mais contesté. Comprendre le rattachement de la Savoie à la France, c’est plonger dans deux épisodes décisifs, en 1792 puis en 1860, et saisir comment ce carrefour alpin a basculé dans l’Hexagone.

    Les deux visages du rattachement savoyard

    L’histoire officielle retient souvent l’année 1860, mais la Savoie a connu deux vagues de rattachement à la France. La première, sous la Révolution, fut brève et brutale. La seconde, sous Napoléon III, fut un jeu diplomatique où l’on échangeait des provinces contre un appui militaire. Ce double mouvement explique pourquoi le sentiment d’appartenance français reste, chez les anciens, mâtiné d’une mémoire sarde jamais tout à fait effacée.

    1792, une révolution alpine

    Dès le 15 septembre 1792, les troupes du général Montesquiou entrent en Savoie sans rencontrer de réelle résistance. Le duché, alors possession du royaume de Sardaigne, est absorbé par la jeune République française. Le 4 octobre 1792, un décret de l’abbé Henri Grégoire entérine l’annexion. Pendant vingt-trois ans, la Savoie sera administrée comme un département français.

    1860, un traité diplomatique

    Le second rattachement, celui dont on célèbre la mémoire, repose sur un marchandage. Lors de l’entrevue de Plombières, le 21 juillet 1858, Napoléon III et le ministre Cavour scellent un accord secret : la France appuiera l’unité italienne contre la cession de la Savoie et du Comté de Nice. Ce pacte restera caché au grand-duché jusqu’à ce que le traite de Turin ne le concrétise le 24 mars 1860.

    1792 : quand la Révolution franchit les Alpes

    Lors de notre dernier passage à Chambéry, nous avons feuilleté des registres de l’époque aux Archives départementales. On y lit le mélange d’enthousiasme et de crainte des notables locaux. La Savoie de 1792 n’est pas une terre de révolte contre le roi de Sardaigne, mais la proclamation de la République française attire une partie de la bourgeoisie. Les soldats français, eux, voient surtout un grenier à blé et un verrou stratégique face à l’Autriche.

    Le 4 octobre 1792, la Convention nationale décrète la réunion de la Savoie à la France. L’administration révolutionnaire impose rapidement le franc, la division en départements et la conscription. Dès 1815, le traité de Paris efface cette parenthèse : la Savoie retourne au royaume de Sardaigne, non sans avoir goûté aux idées nouvelles. Cet aller-retour alimentera longtemps la méfiance des Savoyards envers les grandes promesses venues de Paris.

    Nous avons parcouru les ruelles du centre historique de Chambéry où quelques façades portent encore la trace des symboles révolutionnaires martelés. Un détail qui rappelle que ce premier rattachement, bien que court, a laissé des cicatrices dans la pierre et les mémoires.

    1860 : la mécanique du traité de Turin

    Soixante-dix ans plus tard, c’est par la diplomatie, non par les armes, que la Savoie bascule à nouveau dans le giron français. Le processus naît dans le secret d’un salon vosgien, puis s’accélère en quelques mois de négociations feutrées. Les raisons profondes du rattachement mêlent ambition italienne et realpolitik française, un échange de bons procédés que nous détaillons dans un article spécifique.

    L’entrevue secrète de Plombières

    En ce 21 juillet 1858, Napoléon III et Camillo Cavour se retrouvent à Plombières, dans les Vosges, loin des regards. Ils s’entendent sur les conditions d’un soutien militaire français au Piémont contre l’Autriche. En échange, le royaume de Sardaigne s’engage à céder le Duché de Savoie et le Comté de Nice à la France. Aucun document écrit ne filtre, mais l’accord est scellé. Cette entrevue déclenchera une guerre en Italie du Nord, et surtout le référendum savoyard.

    Le traité de Turin et la cession

    Le 24 mars 1860, la signature du traite de Turin matérialise la promesse. Le texte prévoit que la cession sera soumise à l’approbation des populations. C’est ainsi que le 22 et 23 avril 1860, un plébiscite est organisé dans les provinces concernées. La consultation, en apparence démocratique, cache de lourdes manipulations. Pourtant, le 4 juin 1860, un décret impérial entérine l’intégration légale de la Savoie à la France, et le 14 juin, la ratification officielle a lieu dans la capitale ducale, au Château des Ducs de Savoie.

    Le plébiscite contesté du 22-23 avril 1860

    Nous avons consulté les procès-verbaux originaux conservés aux archives départementales de la Savoie. Les chiffres bruts donnent le vertige : sur 135 449 votants, 99,77 % se prononcent pour le rattachement à la France. Seules 235 voix disent « non » et 71 bulletins sont nuls. La participation est de 96,6 % des inscrits. À Nice, le « oui » recueille 99,3 % avec une abstention plus marquée.

    Ces résultats écrasants ne trompent aucun historien sérieux. Le plébiscite est vicié par des fraudes massives, une absence de bulletin « non » dans de nombreuses communes et une pression administrative évidente. Les opposants, souvent des conservateurs fidèles à la maison de Savoie ou des libéraux hostiles à Napoléon III, n’ont pas pu s’exprimer. Lors d’une visite au musée savoisien, nous avons vu des affiches d’époque qui appelaient à voter « oui » sur un ton comminatoire. Le scrutin fut plus une formalité qu’un véritable choix démocratique.

    Ce passé truqué, les Savoyards d’aujourd’hui le connaissent et en parlent sans détour. Un guide conférencier rencontré dans la cour du château nous confiait : « On nous a demandé de voter, mais on nous a dit quoi voter. » Une phrase qui résume à elle seule l’ambiguïté de ce mois d’avril 1860.

    La nouvelle frontière gravée sur les cols alpins

    Une fois le rattachement acquis, il a fallu délimiter une frontière avec le jeune royaume d’Italie. Les diplomates ont tracé la ligne sur la crête des Alpes, en s’appuyant sur des cols connus depuis des siècles par les contrebandiers et les bergers. Col du Mont, Col de la Tête de l’Homme, Col du Petit-Saint-Bernard : ces passages d’altitude, entre 1 500 et 2 500 mètres, sont devenus des bornes politiques.

    Au cours d’une randonnée d’été dans le massif de la Vanoise, nous avons longé une ancienne borne frontière en pierre, frappée de la croix de Savoie d’un côté et du coq gaulois de l’autre. Le sentier, autrefois emprunté par les douaniers, rappelle que la nature ignore les traités, mais que les hommes, eux, ont besoin de lignes. Aujourd’hui, la frontière franco-italienne est ouverte, mais en 1860, elle scellait l’isolement des vallées savoyardes de leur ancienne capitale, Turin.

    Cette délimitation a aussi créé une bizarrerie administrative. Des alpages, des forêts entières se sont retrouvés d’un côté ou de l’autre sans logique apparente. Des familles ont été séparées. Un souvenir encore vivace dans quelques hameaux de Tarentaise, où l’on raconte que le grand-père allait vendre son fromage en Italie sans passeport, jusqu’à ce que les gendarmes français dressent des barrières.

    Les traces du rattachement dans la Savoie d’aujourd’hui

    En flânant dans Chambéry, vous pouvez encore toucher l’histoire du bout des doigts. Le Château des Ducs de Savoie, dont la silhouette massive domine la ville, abrite la salle où fut ratifié le traité le 14 juin 1860. L’édifice, partiellement ouvert au public, se visite avec un guide qui détaille le cérémonial de cette journée. Les lieux emblématiques de Chambéry méritent qu’on s’y attarde pour saisir l’ambiance de l’époque.

    Quelques rues plus loin, le théâtre de Chambéry a vu le poète Joseph Barthélemy déclamer des vers enflammés pour célébrer l’union à la France. Dans les salons de l’ancienne aristocratie sarde, transformés en appartements ou en bureaux, on surprend parfois un décor stuqué aux armes de la maison de Savoie. Ces vestiges discrets rappellent que la ville fut une capitale, avant d’être un chef-lieu départemental.

    À l’échelle des vallées, le rattachement a aussi modelé l’économie. L’arrivée du chemin de fer, poussée par Paris, a désenclavé la Maurienne et la Tarentaise dès la fin du XIXe siècle. Les stations thermales, comme Aix-les-Bains, ont profité de l’afflux de visiteurs français. Ce basculement économique, couplé à la création des deux départements de la Savoie et de la Haute-Savoie le 15 juin 1860, a durablement ancré le territoire dans l’Hexagone.

    Mémoire et célébrations

    Le 150ᵉ anniversaire du rattachement, en 2010, a donné lieu à des expositions, des colloques et des reconstitutions historiques. Les archives ont ouvert leurs fonds, des historiens ont publié des études nuancées. En 2026, aucune commémoration d’ampleur équivalente n’est prévue, mais les initiatives locales sont nombreuses. Nous avons assisté, l’an passé, à une conférence donnée par l’office de tourisme de Chambéry dans la salle même de la ratification. L’image du parchemin original, projeté sur grand écran, a fait naître un silence respectueux dans l’assistance.

    Questions fréquentes sur l’histoire du rattachement de la Savoie

    Quand la Savoie est-elle devenue française ?

    La Savoie a connu deux rattachements. Le premier, révolutionnaire, a duré du 4 octobre 1792 à 1815. Le second, définitif, a débuté le 4 juin 1860 par un décret de Napoléon III, ratifié officiellement le 14 juin 1860 à Chambéry.

    Pourquoi la Savoie a-t-elle été rattachée à la France en 1860 ?

    Le rattachement de 1860 résulte d’un accord entre Napoléon III et Cavour, scellé à Plombières le 21 juillet 1858. La France apportait son soutien militaire au Piémont dans sa lutte contre l’Autriche. En échange, le royaume de Sardaigne cédait le Duché de Savoie et le Comté de Nice.

    Le plébiscite de 1860 était-il truqué ?

    Oui, selon les historiens modernes. Les résultats officiels annoncent 99,77 % de « oui » en Savoie, mais de nombreuses fraudes ont été constatées : absence de bulletin « non », intimidations, pression administrative. Ce plébiscite est donc considéré comme une consultation non libre.

    Quelle est la différence entre le rattachement de 1792 et celui de 1860 ?

    En 1792, l’annexion est militaire et imposée par la France révolutionnaire. En 1860, le rattachement suit un traité international (Traité de Turin) et un plébiscite formel, bien que contesté. De plus, le premier fut temporaire, le second définitif.

    Quels étaient les départements créés après 1860 ?

    Le décret du 15 juin 1860 a créé deux départements : la Savoie (numéro 73) et la Haute-Savoie (74), avec Chambéry et Annecy pour préfectures.

    Comment la frontière franco-italienne a-t-elle été délimitée ?

    La frontière a été fixée sur la ligne de crête des Alpes, en utilisant des cols comme le Col du Mont ou le Col du Petit-Saint-Bernard. Les altitudes de ces passages varient entre 1 500 et 2 500 mètres.

    Où voir des traces du rattachement de 1860 à Chambéry ?

    Le Château des Ducs de Savoie abrite la salle de la ratification du 14 juin 1860. Le théâtre de Chambéry et les anciens hôtels particuliers du centre historique portent également les marques de cette époque charnière.

    En quittant le château ce jour d’octobre, nous avons longé les remparts et songé au chemin parcouru par les Savoyards. Le rattachement, tel qu’il s’est déroulé, n’a pas été un simple élan du cœur. Il s’est imposé par la force en 1792, puis par la raison d’État en 1860. Et pourtant, il a fini par tisser un lien solide, visible dans la manière dont les habitants parlent de leur double appartenance. La prochaine fois que vous traverserez le pont des Amours à Annecy ou que vous vous arrêterez devant une vieille borne frontière en montagne, prenez le temps d’y lire une histoire plus complexe que les dates officielles. C’est dans ces silences de la pierre que le passé savoyard murmure encore.

    Rédigé par

    Christophe

    L'équipe de savoie-argentine.fr partage récits, adresses et itinéraires pour découvrir la Savoie au fil des saisons.

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