Savoie française : les raisons historiques de l’annexion
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Nous l’avons constaté lors de notre dernier passage au Musée Savoisien de Chambéry : la question de l’appartenance de ce territoire revient sans cesse dans les conversations des visiteurs. Derrière les façades colorées de la vieille ville, des siècles d’histoire expliquent comment ces vallées sont devenues françaises. Nous vous proposons de comprendre les mécanismes juridiques, politiques et populaires qui ont conduit au rattachement définitif de la Savoie à la France en 1860.
Une terre frontalière au cœur des Alpes
Avant d’être française, la Savoie a longtemps été un État alpin indépendant, dominé par la Maison de Savoie. Dès le Moyen Âge, cette dynastie contrôle les cols stratégiques entre la France et l’Italie. Lors de nos randonnées sur les sentiers de la Vanoise, nous mesurons encore l’importance de ces passages d’altitude qui ont façonné les alliances.
À partir du XVIIIe siècle, les jeux diplomatiques européens placent la Savoie au centre des convoitises. La France révolutionnaire occupe une première fois le territoire en 1792. Ce rattachement provisoire prend fin en 1815 avec le Congrès de Vienne, qui restitue la Savoie au roi de Sardaigne. Un matin d’hiver, devant le Château des Ducs de Savoie, on perçoit encore l’écho de ces basculements.
L’Accord secret de Plombières (1858)
Le véritable tournant se joue dans une petite ville thermale des Vosges. Le 21 juillet 1858, l’Empereur Napoléon III et le ministre sarde Cavour (Camillo Benso, comte de Cavour) se rencontrent en secret. Leur objectif : unifier la péninsule italienne sous l’égide du royaume de Piémont-Sardaigne, avec l’aide militaire française.
En échange de cette intervention décisive contre l’Autriche, Victor-Emmanuel II accepte de céder la Savoie et le comté de Nice à la France. Nous avons nous-mêmes parcouru la vallée de la Maurienne, une voie naturelle qui illustre la continuité géographique avec le versant français. L’accord reste confidentiel jusqu’à la victoire franco-sarde de 1859 contre les Autrichiens.
Le Traité de Turin et l’annexion de 1860
Une fois la guerre terminée, il faut officialiser la cession. C’est chose faite avec le Traité de Turin, signé le 24 mars 1860. Ce texte de droit international prévoit le transfert de souveraineté à la France. Pour nous, c’est en parcourant les rues de Chambéry que l’on réalise l’empreinte laissée par cet événement fondateur.
La ratification intervient le 14 juin 1860. Le territoire, qui forme aujourd’hui les deux départements savoyards, devient définitivement français. La frontière italienne recule jusqu’à la crête des Alpes. Depuis le lac du Bourget, on embrasse du regard un paysage qui bascule alors dans une autre histoire administrative.
Le plébiscite savoyard : un vote massif pour la France
Pour légitimer la cession, Napoléon III organise une consultation populaire. Les Savoyards sont appelés à voter les 22 et 23 avril 1860. Le résultat est sans appel : 99,8 % des votants répondent « oui » au rattachement à la France. Ce chiffre nous a frappés lors de notre visite des archives départementales : plus de 130 000 électeurs s’expriment dans le sens d’une adhésion quasi unanime.
Plusieurs raisons expliquent ce score. Le Piémont s’intéresse désormais à l’unification italienne, délaissant les montagnes savoyardes. La France promet des investissements, une zone franche, et la sauvegarde des traditions. En flânant dans les villages de Haute-Savoie, on perçoit encore cet attachement à une identité spécifique, bien que française. Un lien pertinent pour comprendre la culture locale : l’origine de la tartiflette raconte comment un plat savoyard a été réinventé au XXe siècle.
La création des départements de Savoie et Haute-Savoie
Dès 1860, l’administration française divise l’ancien duché en deux entités : la Savoie, avec Chambéry comme chef-lieu, et la Haute-Savoie, centrée sur Annecy. Ce découpage tient compte de réalités économiques et géographiques. En randonnée dans le massif des Bauges, on distingue bien la rupture entre le bassin chambérien et les contreforts du Mont-Blanc.
Cette dualité départementale existe toujours au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Nous le constatons à chaque reportage : les deux territoires partagent un fond culturel commun mais cultivent des nuances, notamment dans les domaines skiables. Si vous hésitez pour vos vacances, nous avons détaillé la différence entre Savoie et Haute-Savoie pour le ski.
Un héritage vivant dans le paysage actuel
Le rattachement à la France n’a pas effacé les traces de l’histoire ancienne. Les armoiries à la croix d’argent, les fromages d’AOP Beaufort ou d’Abondance, les sonnailles des troupeaux en alpage rappellent l’identité savoyarde. Lors de notre dernier passage au marché d’Albertville, un producteur nous confiait que ses grands-parents parlaient encore le franco-provençal.
Ce patrimoine vivant attire chaque année des visiteurs curieux de comprendre pourquoi la Savoie est française. À Chambéry, le parcours de visite incontournable permet d’arpenter les lieux où fut proclamé le plébiscite, de la fontaine des Éléphants à la cathédrale. Le traité de 1860 a aussi garanti des avantages fiscaux pour certaines communes, une zone franche qui a dynamisé l’économie locale.
Questions fréquentes
Quand la Savoie est-elle devenue française ?
Le rattachement définitif de la Savoie à la France date du 14 juin 1860, date de ratification du Traité de Turin signé le 24 mars de la même année.
Pourquoi la France a-t-elle obtenu la Savoie ?
La France a obtenu la Savoie en échange de son soutien militaire à l’unification italienne. L’accord secret de Plombières (1858) entre Napoléon III et Cavour prévoyait cette cession du roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II.
Qu’est-ce que le plébiscite de 1860 ?
Le plébiscite de 1860 est une consultation organisée en Savoie les 22 et 23 avril. Plus de 130 000 électeurs votent à 99,8 % en faveur du rattachement à la France, confirmant l’adhésion populaire à l’annexion.
Était-ce la première fois que la Savoie devenait française ?
Non. Un premier rattachement provisoire a eu lieu en 1792, sous la Révolution française. La Savoie est restée française jusqu’en 1815, avant d’être restituée au roi de Sardaigne par le Congrès de Vienne.
Pourquoi la Savoie a-t-elle été coupée en deux départements ?
Dès 1860, l’administration française crée les départements de la Savoie (Chambéry) et de la Haute-Savoie (Annecy) pour tenir compte des bassins de vie distincts, des reliefs et des réalités économiques locales.
Quelle langue parlait-on en Savoie avant l’annexion ?
La population utilisait principalement le franco-provençal, une langue romane distincte du français et de l’italien. Le français était déjà employé dans l’administration ducale bien avant 1860.
Nous avons nous-mêmes arpenté les allées du Clos Savoyard à Chambéry, lieu de mémoire de l’annexion. L’adhésion de ce territoire à la France ne résulte pas d’une conquête mais d’une combinaison de décisions diplomatiques et d’un vote populaire écrasant. En visitant la vallée de la Tarentaise ou les rives du lac d’Annecy, vous marchez sur une terre dont le destin a basculé il y a plus de 160 ans, sans jamais renier ses racines. Si vous voulez prolonger cette découverte, nous vous conseillons de débuter par la capitale historique, dont l’atmosphère raconte à elle seule pourquoi la Savoie est aujourd’hui pleinement française.